Tout savoir sur la Dengue

La dengue est une maladie tropicale causée par un virus de la famille des Flaviviridae. Les symptômes de cette maladie transmise par la piqûre de moustiques commencent généralement trois à quatorze jours après l’infection. Ils incluent une forte fièvre, des maux de tête, des vomissements, des douleurs musculaires et articulaires, ainsi qu’une éruption cutanée caractéristique. Dans la grande majorité des cas, la maladie se résorbe d’elle-même au bout de deux à sept jours. Cependant chez une faible proportion de patients, la maladie peut se muer en une fièvre hémorragique mortelle, caractérisée par une rupture massive des vaisseaux sanguins et lymphatiques.

Signes et symptômes

Thermomètre et fièvreLa grande majorité des personnes, en particulier les enfants et les adolescents, peuvent ne pas présenter de signes ou de symptômes. Lorsque ceux-ci se produisent, ils émergent habituellement quatre à dix jours après la piqûre par un moustique infecté. Ils comprennent le plus souvent, une forte fièvre pouvant parfois atteindre 41°C, d’intenses maux de tête, des douleurs musculaires, osseuses et articulaires (chevilles, genoux et coudes), ainsi qu’une douleur à l’arrière des yeux.

Certains patients expérimentent une fatigue extrême, une perte d’appétit, des vomissements, la diarrhée, des douleurs abdominales, et un goût métallique dans la bouche. Le symptôme le plus reconnaissable est sans nul doute l’éruption cutanée rouge sur le visage, le cou, les bras et les jambes. Cela peut parfois s’accompagner de démangeaisons, d’une desquamation ou d’une perte des cheveux.

Chez environ 5% des patients, la maladie peut empirer et évoluer vers la fièvre hémorragique de la dengue, une complication rare caractérisée par une forte fièvre, une lésion des vaisseaux sanguins et lymphatiques, ainsi que des saignements du nez et des gencives. On peut aussi observer une augmentation en volume du foie et un dysfonctionnement de l’appareil circulatoire.

Les symptômes peuvent progresser vers un saignement massif, un état de choc, voire décès. C’est ce qu’on appelle le syndrome de choc de la dengue. Les spécialiste pensent que les personnes ayant un système immunitaire affaibli, ainsi que ceux qui ont contracté l’infection pour la seconde fois sont les plus susceptibles de développer ce syndrome.

Cause

L’agent pathogène de la dengue est un virus à ARN appartenant à la famille des Flaviviridae. D’autres membres de cette famille notable incluent le virus de la fièvre jaune, le virus du Nil occidental et le virus de l’encéphalite japonaise. La plupart sont transmis par des arthropodes (moustiques ou tiques), et sont également appelées arbovirus. Il existe cinq souches du virus, appelées sérotypes. Les quatre premières ont été nommées DENV-1, DENV-2, DENV-3 et DENV-4. Le cinquième, qui a été découvert en 2013, n’a pas encore été officiellement nommé. Les distinctions entre ces sérotypes sont basées sur l’analyse leurs antigènes.

Le virus de la dengue est principalement transmis par des moustiques du genre Aedes, en particulier A. aegypti. Ces moustiques vivent habituellement entre 35 °de latitude Nord et 35° de latitude Sud, à des altitudes inférieures à1 000 mètres. Ils sont habituellement actifs très tôt le matin et durant toute la soirée. D’autres espèces du genre Aedes qui peuvent aussi transmettre la maladie comprennent A. albopictus, A. polynesiensis et A. scutellaris. Les humains sont l’hôte principal du pathogène, mais celui-ci peut également affecter les autres primates.

Une seule piqûre est largement suffisante pour transmettre la maladie. Un moustique femelle qui se nourrit du sang d’une personne infectée, pendant la période fébrile initiale de 2 à 10 jours, devient lui-même infecté. Environ 8 à 10 jours plus tard, le virus se propage dans ses glandes salivaires et est ensuite libéré dans sa salive. Le virus ne semble avoir aucun effet néfaste sur le moustique, qui reste infecté à vie.

La dengue peut également être transmise par des produits sanguins infectés et par le don d’organes. Dans des pays comme Singapour, où la dengue est endémique, le risque est estimé entre 1,6 et 6 pour 10 000 transfusions. La transmission verticale (de la mère à l’enfant) pendant la grossesse ou à la naissance a déjà été observée.

Facteurs de risque

Piqure de moustiqueLa forme la plus sévère de la maladie est plus fréquente chez les bébés et les jeunes enfants.  Contrairement à beaucoup d’autres infections, elle est plus fréquente chez les enfants relativement bien nourris. D’autres facteurs de risque de syndrome de la dengue comprennent le sexe féminin, un indice de masse corporelle élevé, ainsi que la charge virale. L’infection par un sérotype produit une immunité à vie à ce type, mais seulement une protection à court terme contre les autres.

Le risque de maladie grave suite à une infection secondaire augmente si une personne précédemment exposée au sérotype DENV-1 contracte le sérotype DENV-2 ou DENV-3. Cela est aussi valable si une personne précédemment exposée au DENV-3 acquiert le DENV-2. La dengue peut mettre en danger la vie des personnes atteintes de maladies chroniques telles que le diabète et l’asthme.

Des polymorphismes dans certains gènes ont été associés à un risque accru de complications sévères de la dengue. Le déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase, une anomalie génétique commune chez les Africains, semble également augmenter ce risque. Les polymorphismes dans les gènes récepteurs de la vitamine D semblent, quant à eux, offrir une protection contre une maladie grave lors d’une infection secondaire.

Diagnostic

La dengue peut être diagnostiquée par isolation du virus, par des tests sérologiques ou par analyses moléculaires. Le diagnostic d’une infection en cours peut être établi en testant des échantillons de sérum prélevé 5 jours après l’apparition des premiers symptômes ou pendant la phase de convalescence.

Une infection aiguë est confirmée lorsque le virus est isolé à partir d’échantillons de tissus. Le test dans ce cas peut être effectué par une transcription inverse, suivie d’une réaction en chaîne par polymérase (RT-PCR). Des méthodes telles que la RT-PCR en une étape, en temps réel ou la RT-PCR imbriquée sont maintenant largement utilisées pour détecter les gènes viraux de la dengue dans des échantillons de sérum.

Épidémiologie

La plupart des personnes atteintes de dengue guérissent sans problème. Le taux de mortalité est de 1 à 5%. Il est inférieur à 1% chez les malades qui sont soumis à un traitement adéquat. Chez les patients hypotendus, ce taux peut malheureusement atteindre 26%. La dengue est présente dans plus de 110 pays, y compris le sous-continent indien, l’Asie du sud est, la Chine méridionale, Taïwan, les îles du Pacifique et les Caraïbes (sauf Cuba et les îles Caïmans). On la trouve également au Mexique, en Afrique, ainsi qu’en Amérique centrale et australe (excepté le Chili, le Paraguay et l’Argentine).

En 2013, environ 60 millions d’infections ont été recensées dans le monde, dont 13 600 décès et 11 millions d’hospitalisations. Le coût annuel mondial de la dengue est estimé à 9 milliards de dollars. 12 pays d’Asie du Sud-est enregistrent environ 3 millions d’infections et 6 000 décès chaque année. La maladie a été signalée dans au moins 22 pays africains; mais il est probable que tout le continent soit affecté. Cela en fait d’ailleurs l’une des maladies à vecteur les plus courantes dans le monde entier.

Les infections sont généralement plus courantes dans les centres urbains. Au cours des dernières décennies, l’expansion des villages et des villes, ainsi que la mobilité accrue des personnes a augmenté le nombre d’épidémies. Autrefois confinée en Asie du Sud-est, la maladie s’est étendue dans le sud de la Chine, dans les pays îles du Pacifique et en Amérique. Elle pourrait même constituer une menace pour le continent européen dans un proche avenir.

La prévalence de la maladie a été multipliée par 30 entre 1960 et 2010, notamment grâce à une combinaison de facteurs comme l’urbanisation galopante, la forte croissance démographique, l’accroissement des voyages internationaux et le réchauffement climatique. Les régions situées autour de l’équateur constituent cependant celles où le risque est le plus grand. L’Organisation mondiale de la santé considère la dengue comme l’une des dix-sept maladies tropicales les plus négligées.

Prévention

Gouttières bouchéesLa principale méthode de lutte contre A. aegypti consiste à éliminer ses habitats. Cela se fait en éliminant les sources d’eau stagnantes, ou si cela n’est pas possible, en ajoutant des insecticides ou des agents de lutte biologique dans ces zones. Les moustiques de la dengue sont différents des moustiques des marais ou des marécages. Ils se développent dans tout ce qui détient de l’eau à la maison: pots de fleurs, seaux, bâches, pneus, vases, coquilles de noix de coco, gouttières bloquées et même les frondes de palmier. Les réservoirs d’eau de pluie, les bateaux, les baignoires ou les piscines négligées peuvent aussi servir de nurserie à des milliers de moustiques de la dengue.

Les experts pensent que la pulvérisation généralisée avec des insecticides organophosphorés ou des pyréthrinoïdes n’est pas vraiment efficace. Réduire les flaques d’eau par la modification de l’environnement est la méthode de contrôle la plus efficiente, compte tenu des effets négatifs des insecticides sur la santé. Les individus peuvent prévenir les piqûres de moustiques en portant des vêtements qui couvrent complètement la peau, en dormant sous des moustiquaires imprégnées ou en appliquant un insectifuge à base de DEET.

Ces méthodes ne semblent cependant pas être suffisamment efficaces, car la fréquence des foyers épidémiques semble augmenter dans certaines régions. Cela est probablement dû à l’urbanisation qui accroît l’habitat de A. aegypti. Certains experts pensent également que le changement climatique y est pour quelque chose.

Vaccination

En 2016, un vaccin partiellement efficace a été autorisé aux Philippines et en Indonésie. Il a par la suite également été approuvé pour être utilisé au Mexique, au Brésil, au Salvador, au Costa Rica et au Paraguay. En Indonésie, il coûte environ 207 dollars américains pour les trois doses recommandées. Le vaccin est produit par Sanofi et a comme nom de marque Dengvaxia®. Il est basé sur une combinaison affaiblie du virus de la fièvre jaune et de chacun des quatre sérotypes de la dengue. Deux études ont révélé que ce dernier avait une efficacité de 60% et qu’il pouvait empêcher l’apparition de 80 à 90% des cas sévères. Il faut toutefois noter que ce niveau d’efficacité est loin d’être satisfaisant.

D’autres vaccins sont actuellement en phase d’essai clinique et ambitionnent d’inclure le cinquième sérotype. L’une des préoccupations est qu’un vaccin pourrait augmenter le risque de maladie sévère par la nécessité pour le corps d’améliorer les anticorps qu’il produit. Le vaccin idéal devra être sûr, efficace après une ou deux injections et couvrir tous les sérotypes. Il doit pouvoir être facilement transporté et stocké, et être à la fois abordable et rentable.

Traitement de la Dengue

Traitement à base de réhydratationIl n’existe pour l’heure aucun traitement spécifique pour cette pathologie. Le traitement dépend des symptômes. Les patients qui sont capables de boire, d’uriner et dont l’état général n’est pas préoccupant peuvent être traités à la maison avec un suivi quotidien et une thérapie de réhydratation orale. Ceux qui ont d’autres problèmes de santé devraient être soignés à l’hôpital ou dans une zone où l’accès à une unité de soins intensifs est disponible.

L’hydratation intraveineuse, n’est généralement nécessaire que pendant un ou deux jours. Chez les enfants souffrant du syndrome de choc, une dose rapide de 20 ml/kg est raisonnable. Le taux d’administration des fluides de réhydratation est basé sur un débit urinaire de 0,5-1 ml/kg / h, des signes vitaux stables et une normalisation de l’hématocrite. Il est recommandé de n’utiliser que la plus petite quantité pour y parvenir.

Les procédures médicales invasives telles que l’intubation nasogastrique, les injections intramusculaires et les intraveineuses doivent être évitées, compte tenu du risque de saignement. Le paracétamol (acétaminophène) peut être utilisé pour la gestion de la fièvre et de l’inconfort. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens tels que l’ibuprofène et l’aspirine doivent cependant être évités, car ils peuvent aggraver le risque de saignement.

La transfusion sanguine doit être initiée chez les personnes présentant des signes vitaux instables comme un hématocrite décroissant. On peut à cet effet recourir à une transfusion de globules rouges ou de sang entier. La transfusion de plaquettes et de plasma fraîchement congelé n’est généralement pas recommandée. Il n’y a pas assez de preuves pour déterminer si les corticostéroïdes ont un effet positif ou négatif sur la dengue.